Grand Raid Cristalp

 

En fréquentant le news group fr.rec.sport.vtt, j'ai pris connaissance d'une épreuve, apparemment mythique, le Grand Raid Cristalp. Il s'agit d'une épreuve marathon, se déroulant chaque année fin août dans le Valais Suisse. Longue de 131 km et totalisant 4600 mètres de dénivelées positives, elle ne peut qu'inspirer le respect. L'envie de l'affronter fût trop grande, c'est pour cela qu'en 2001, après une année de réflexion, je décidais d'y participer.   

Le profil... Evidemment, le plus dur est à la fin

 

Le départ des pros à Verbier  Un petit itinéraire sympa  Le paysage lunaire du Pas de Lona

Voici le résumé de ce week end fantastique :

Tout d'abord un grand merci aux Cristalpeurs 2000 du news group, car c'est eux qui m'ont fait découvrir cette superbe épreuve ! Ça faisait donc environ un an que j'avais en tête de participer aux GRC version 2001... mais j'avais un doute : étais-je assez âgé ? La réponse des organisateurs : OUI. Ouf ! A 15 jours près je naissais en 1983 et je ne pouvais pas participer au GRC 2001 ! Merci Maman ;-)

Vendredi 17 Août 2001 : j'arrive à Verbier sur le coup de 18 heures. Je pédale un petit coup dans le coin, y'a pas de doute, ça monte plus qu'à Bordeaux !

Samedi 18 Août 2001 : on se réveille doucement, je scrute le ciel : pleuvra-t-il demain ? Je pars faire un p'tit tour dans Verbier, en short et  basket...puis je me retrouve au beau milieu des bois, sur un singletrack hyper beau surplombant Verbier... Je la joue prudence, il s'agit de ne pas se ruiner avant le Jour J ! En début d'après midi, j'ai rendez vous avec un membre du news group  habitant dans le coin, dont le pseudo est k2fly. Bien évidement je suis à la bourre... Excuse moi k2fly... Les endroits où il m'amène sont vraiment magnifiques ! Cela annonce la couleur de ce qui m'attend le lendemain !

Vers 17 h j'amène ma bête de course (!) au contrôle technique prévu par l'organisation du Cristalp. A un ou deux détails, c'est OK. Le soir, dans l'hôtel je démonte mes V Brakes et je mets les Magura. 2 raisons à cela : les patins Magura sont plus solides que ceux des V Brakes, et puis si le terrain est boueux, avec l'hydraulique je n'aurais pas de problème de frictions dans la gaine arrière. Bref, je trouve que c'est mieux comme ça ! Après quoi, j'huile la chaîne du vélo, toujours dans l'hôtel ! Ne vous inquiétez pas, j'ai pas salit la moquette ! Et puis après, direction le lit, où le sommeil ne vient pas... Aurais-je du stress !?

Dimanche 19 Août 2001 : 4h30 BIP BIP BIP !!! Ah ! Qu'est ce qui se passe ? Oula, le réveil sonne déjà, faut se lever ? Bon, je me lève, je mange mon plat de pâtes vers 5 h du matin. Bizarre. Je me prépare, je mets mon K Way, c'est mouillé dehors, et puis ça caille ! Je sors timidement mon VTT dehors, y'a plein d'autres tarés comme moi : c'est bon, je me suis pas trompé de date, c'est bien aujourd'hui le Cristalp. Je croise Thomas Diestch, un grand champion qui tourne sur le circuit mondial... Mais qu'est ce que je fais là moi !? Je commence à douter. J'ai le dossard 180, je suis donc tout devant sur la ligne de départ. Derrière moi : 1300 gars le couteau entre les dents. Paf ! Le départ est donné ! Je fais les 100 premiers mètres dans le rythme, le compteur est à 14 km/h... C'est peut être un peu trop rapide pour moi ! Clac je mets le petit plateau, en 24*24, et je me cale à 7-8 km/h, en prenant soin de bien rouler sur le bord, car derrière ça pousse. Durant les 2/3 du premier col j'ai pas arrêté de me faire doubler de partout. Au final il doit rester même pas 100 gars derrière moi. Petit calcul : y'a environ 1000 VTTistes qui m'ont dépassé sur 5-6 km, ça fait du monde ! La première ascension est très roulante, ou du moins large et sans obstacle, car je ne suis pas sûr que l'on puisse user du terme "roulant" quand on avance à 7 km/h ! J'arrive en haut au bout de 57 minutes, et je commence dès lors à rattraper quelques concurrents. J'entame la descente, qui est très très rapide, sans obstacle majeur. J'ai l'impression de rouler bien plus vite que "la masse" dans les descentes, serais-je un kamikaze ? Jusqu'à Heremence je roulerai sur le même rythme : à toc dans les descentes en veillant à ne pas me mettre en miette, et doucement dans les montées, où je surveille à ce que mon cardio ne dépasse pas 150 bpm, histoire d'arriver au bout des 131 km. Arrivé à Heremence j'ai toujours pas fait de pause ; aux ravitaillements j'attrape à la volée les bonnes choses que l'on me donne à manger ! J'entame la plus longue ascension de la course, 22 km, toujours doucement. C'est là que je rattrape Louis (membre du newsgroup). Je discute un peu avec lui, et il me dit qu'il est à plus de 160 au cardio...
Serais je trop prudent ? Apparemment il a eu un petit coup de barre mais il va mieux. Dans les 2 derniers tiers de cette ascension je me décide donc à rouler un peu plus, avec pour limite maxi le 165 bpm. Et puis je m'arrête enfin aux ravitos, car il n'y pas plus de "Drive Service" ! J'entame la descente sur Evolène. Quel plaisir ! Elle est vraiment géniale ! J'adore. Les gars que je rattrape sont très gentils : ils me laissent passer, sauf un, alors j'ai juste un peu forcé... Après cette descente fabuleuse, on remonte, puis on redescend, puis on remonte depuis Eison jusqu'à La Vieille. Là, je me suis mis minable, en en gardant un peu sous le pied pour le Pas de Lona. 8 heures de VTT : 100 km...Ça fait mal au moral... J'imagine La Vieille encore très loin... Mais comme je remonte sans cesse des concurrents j'arrive à garder le moral. Ils doivent rouler à 6 km/h, moi je suis à 8, j'ai l'impression d'être une fusée ;-) Je me dis que j'ai bien fait de partir "tranquille". C'est un peu avant la Vieille que je rattrape JP (aussi membres du NG), en pleine récupération ;-) Ça me fait plaisir de le voir, il est crevé ; un peu comme tout le monde à cet endroit en fait. Allez hop ! Je relance, et là j'arrive à un ravito. Je bois 36000 bouillons, avec du bon pain, j'en avais vraiment marre des barres énergétiques, mon estomac voulait du salé. Je demande où l'on est. On me répond "à La Vieille" - je répond "déjà ?" - on me regarde comme une bête bizarre, en se demandant si je me fous de leur gueule ou pas... J'imaginais La Vieille tellement loin loin loin que j'étais vraiment surpris d'y être "déjà". Ça fait jamais que plus de 8h30 que je pédale ;-) J'entame alors le long et pénible portage vers le Pas de Lona. Je suis incapable d'aller plus vite que les autres, alors je me résous à suivre le rythme.
Certains essayent de dépasser, mais ils n'y gagnent vraiment rien. Enfin j'arrive en haut. Là, je n'ai qu'une idée : redescendre ! Je fais 10 mètres, mon vélo fait "gling gling"... => Le frein arrière est desserré. Ça faisait longtemps que j'entendais ce bruits, et jusque là j'avais pas eu idée de regarder ce que c'était... Une sorte d'état second ! La vis du Magura est prête à tomber, il était temps que je réagisse ! Je resserre, je repars, et puis ça remonte. k2fly m'avait prévenu : en haut du Pas de Lona, on est pas encore tout en haut ! Il avait raison, ça remonte 2 km environ, ça passe sur le vélo. A partir de là il ne reste plus qu'à descendre... Mais quelle descente ! La première moitié s'avale à la vitesse de la lumière, c'est une large piste avec des virages assez serrés. La seconde moitié est éprouvante : elle n'est pas technique, mais très cassante, j'avais l'impression d'avoir les mains en sang. Tant pis pour les mains, je vais quand même pas baisser de rythme pour ça non ! Un TS me double, je suis blesser dans ma fierté, et je me sens obliger de le suivre, question d'honneur. Ma pauvre obsys n'a pas dû apprécier... Enfin, l'arrivée, avec plein de monde. Hop ! Je fais un bunny, les gens font "Ouais ! Bravo !" Je suis tout content ! Finir le Cristalp, j'en revenais pas. Je n'avais jamais roulé aussi longtemps de ma vie. C'est vraiment fabuleux. La ligne passé, je file à la douche...froide ! Manquait plus que ça... A la sortie de la douche je croise JP. Il sourit, tout est OK. Plus tard je vois Denis, qui ne m'avait pas vu arriver. Cette flèche a mis 9h30 ! Moi, j'ai mis 10h32 pour faire les 131 km et 4680 m de dénivelé, 12,4km/h de moy, 591 ème au scratch (1300partants, 980 finishers)), 11°/13 au classement "Elite Espoir". Ma petite fierté : j'ai mis 2h58 pour faire Eison-Grimentz, et Denis a mis 3h06 ! Ma déception : y'avait pas le prix du plus jeune '-( Dommage, ça m'aurait éviter de rentrer bredouille ;-)

Voilà, c'était mon GRC 2001, j'en garde un très bon souvenir, avec un petit goût de "reviens-y". 

D'ailleurs, c'est décidé, je ferais le Cristalp en 2003, avec la ferme intention d'améliorer mon temps, moins de 10 heures, ça serait bien non ?  

 

 

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